INFORET
Page d'Accueil Accueil
Plan Plan
Résumé Résumé
Comment rédiger ? Comment rédiger ?
Quoi de neuf ? Quoi de neuf ?
Liens Liens
Agenda Agenda
Actualités Actualités
Agenda Agenda
Espace Asso Espace Asso
   - Les Amis de la forêt de Verrières (91)
   - Les Amis du bois de Saint-Cucufa (92)
Histoire Histoire
Humeur Humeur
Journaux Journaux
Sites actifs Sites actifs
Site réalisé avec BioSPIP
Ce site est optimisé pour tous les navigateurs qui respectent les normes internet !
Retour à la page d'accueil  Actualités

HOMMAGE À FRANÇOIS TERRASSON, GRAND CONNAISSEUR ET DÉFENSEUR DES FORÊTS
De la forêt au champ d'arbres
LA RESSOURCE EN BOIS OBÉIT AUX RÈGLES DE PRODUCTION DE LA MATIÈRE VIVANTE : NIER CETTE ÉVIDENCE ENTRAÎNE UN ÉCHEC ÉCONOMIQUE, ÉCOLOGIQUE ET ESTHÉTIQUE.

lundi 16 décembre 2013, par woodman


Devinette : si vous entrez dans la forêt, quelle distance devez-vous parcourir avant d'en sortir et de vous retrouver sur un chemin ?

Réponse variable :

- à Tronçais Allier : 25 mètres ;

- dans la forêt des Bertranges Nièvre : 5 mètres ;

- à Fontainebleau : 3 mètres.

Progressivement mis en place, ce système dit des « cloisonnements » est symbolique d'une gestion qui découpe l'espace forestier en carrés ou lanières, séparés par des allées entretenues au broyeur. Cette « nouvelle sylviculture » ou « sylviculture de l'arbre objectif » s'illustre à travers des « concepts » tels que la « régénération naturelle assistée », la « futaie à grands espacements » ou encore les « dépressages intensifs ».

Lors d'une promenade en forêt, on rencontre des arbres, au demeurant magnifiques, cernés d'un rond rouge vif numéroté, des labours, des sous-bois ratissés, des fossés surcreusés. On croisera rarement l'épandeur d'herbicide. Mais c'est qu'on n'est pas là au bon moment. On verra plus facilement des broyeurs nettoyer les coupes à blancs, avant et pendant la repousse des jeunes arbres.

Il n'y a pas de quoi être dépaysé. Les producteurs de maïs, de la Beauce et d'ailleurs, n'ont-ils pas des moeurs mécanisées tout à fait semblables, ne différant que par la nature de l'espèce cultivée ?

« La forêt a toujours été cultivée » affirme tout responsable de l'Office national des forêts. Sous-entendu : un peu plus, un peu moins, qu'est-ce que ça peut faire ? Là, réside justement toute la différence entre une gestion écologique préservant le potentiel de production et une monoculture cumulant les inconvénients.

Pour comprendre, jetons un coup d'oeil sur le tableau ci-contre qui permet de comparer la méthode appliquée pendant des décennies par l'ancienne administration des Eaux et Forêts et aussi par l'Office pendant une bonne vingtaine d'années à partir de sa création en 1966 avec les pratiques actuelles sur le terrain.

Résumons cette courte incursion dans la technique : certaines méthodes, autrefois non utilisées, ont acquis droit de cité ; des actions déjà existantes sont passées d'un très faible impact à une intensité optimale. Résumé du résumé : les techniques de l'agriculture s'imposent à la place de la quasi-économie de cueillette que pratiquait l'ancienne gestion. Celle-ci était déjà une sorte de compromis. Entre la forêt très cultivée, à l'allemande, et la « futaie-jardinée », où l'on ne récolte les arbres que progressivement, à différents âges, au lieu de réaliser des coupes brutales dites « à blanc ».

Le débat doit porter sur le fond : la ressource en bois s'obtient-elle de façon plus convenable dans une cueillette, sorte de « pêche à l'arbre », conforme à un modèle encore appliqué au poisson, ou doit-on « intensifier » comme on dit pour copier les développements de l'agriculture ? C'est de cette dernière, bien sûr, que vient la réponse. Il suffit d'observer l'immense déconfiture de ce secteur, géré depuis quarante ans en sens contraire du conditionnement écologique de la production.

Sur cette planète, toute ressource issue d'êtres vivants obéit, pour se perpétuer, aux règles de production de la matière vivante. Pour l'avoir nié, l'industrie agricole se casse la figure. En se lançant dans la même aventure, les dirigeants de l'Office national des forêts récolteront ce qu'ils auront semé. Sur une aire forestière considérablement réduite par la surface occupée par les cloisonnements et l'espacement obligatoire des arbres, on verra ceux-ci lancer des branches vers les côtés ouverts sur les allées ou dans les sept mètres d'espace, donc faire des noeuds, contraires à la qualité du bois ; par ailleurs, censé être produit plus vite, le bois de chêne et de hêtre n'aura plus ce « grain » tellement apprécié, qui est en fait dû à la pousse lente.

Voilà pour le raté économique qui, il est vrai, ne touchera les porte-monnaie que dans deux cents ans. Le raté écologique, lui, est implicitement avoué par le tapage fait autour des « Réserves biologiques domaniales ». Si elles sont prévues, c'est qu'il existe des espèces intéressantes que la gestion passée a laissé subsister. Si on est obligé de les mettre en « réserve », c'est bien que la gestion présente et à venir de la forêt ne leur conviendra plus. « Danseuses » de la productivité, s'opposant à une gestion écologique généralisée de la production, la réserve signe le grand changement philosophique des forestiers. Au lieu de produire en collaborant avec les bases de l'écosystème, on rêve de les remplacer par une hypertechnique.

Une certaine perversion est de mise. La biodiversité est à la mode. Elle est maximale sur les lisières, sur les « écotones » comme disent les écologues. Avec des lanières forestières de trois mètres de large, on n'aura que des écotones. Vive la biodiversité ! Sauf que la forêt ombragée et profonde, pour compter peut-être un peu moins d'espèces, n'a pas moins une valeur scientifique irremplaçable.

Le paysage maintenant. « Il faut couper et élaguer en bord de route pour éviter l'effet de mur végétal . » Mais n'était-ce pas précisément cette sensation de plonger dans une masse d'arbres qui séduisait ? Les contorsions des paysagistes pour laisser des bouquets, des arbres morts alibis, redessiner des bords de parcelles et masquer les cloisonnements aux abords des lieux touristiques, sont touchantes. Leur principal résultat est de donner aux forêts qui parlaient à l'imaginaire un look de jardin public.

Le triple échec, économique, écologique et esthétique, de l'Office national des forêts révèle combien une idéologie de remplacement des modèles naturels de production, lorsqu'elle est soutenue par une puissance institutionnelle, peut compromettre l'avenir sur tous les plans.

Non sans contestation interne. Et externe. Mais un changement dans la communication de l'Office, devenue plus ouverte, peut-il passer pour un changement de politique ? En réalité, ce qui est visible par tout un chacun est souvent nié avec la plus grande énergie. Remercions donc le responsable de cette communication qui a su lever toute ambiguïté : « C'est normal, on arrive à une forme de culture de la forêt qui s'approche des cultures agricoles. Il faut bien aider les arbres à pousser. On doit éliminer la végétation herbacée qui prend l'eau et les matières nutritives dont l'arbre a besoin. Quand ils grandissent, les arbres se gênent et il est obligatoire d'en couper la majorité. Il faut aussi les élaguer. La mécanisation est nécessaire pour travailler vite et faire des économies. Les temps ont changé... »

Les temps ont changé : ils changeront encore !

Paru dans le magazine La Recherche

Répondre à cet article


Envoyer l'article à un ami
Destinataire  :
(entrez l'email du destinataire)

De la part de 
(entrez votre nom)

(entrez votre email)


afficher une version imprimable de cet article Imprimer l'article
générer une version PDF de cet article Article au format PDF

DANS LA MEME RUBRIQUE :
- Nouvelle attaque canadienne sur le front de la pollution
- Déforestation au Québec
- Même à l'ONF, trop c'est trop !
- DITES NON AU PILLAGE DE LA FORÊT D'ARC-CHATEAUVILLAIN.
- Un projet pour la forêt
- Voeu de l'Assemblée des professeurs du Muséum national d'histoire naturelle
- Ermenonville, bientôt plus connue pour ses coupes rases que sa mer de sable
- L'ONF s'est auto-certifié PEFC avec la bénédiction de France Nature Environnement.
- Renards : contrôle de population ou extermination ?
- Opération Carbone à la Cité des Sciences en partenariat avec L'ONF et Peugeot.


AUTEUR :
- woodman
Précédent Haut de page Suivant
 admin  -  webmaster